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  • Olivier Pahud

Demandez le programme !

Approchez, approchez, la grande parade du cirque politique arrive en ville !


La prochaine représentation aura lieu le 20 mars, venez voir nos clowns si gauches en grandes pompes, nos danseuses adroites, avec cette année encore en attraction populaire nos vers luisants dans une chorégraphie d’effroi millimétrée. Comme à l’accoutumée, nos fiers chevaux de bataille tourneront inlassablement et inutilement en rond dans un galop hallucinatoire et hypnotique. Clou du spectacle, pas moins de vingt-cinq vaillants gladiateurs s’affronteront à la mort en deux actes, pour qu’il n’en reste que sept au final.


Si la politique est une arme de division massive, elle réunit dans son arène à intervalles réguliers le bon public qui choisira son camp, quand il n’a pas encore déterminé sa place depuis l’antiquité déjà. On ne vient plus pour débattre, mais pour se battre. Injures, coups bas, arrogance, tout est permis au bon peuple, au prétexte de l’expression de sa souveraineté. Du pain et des jeux, disait César…


En Monsieur loyal de ce Barnum burlesque, les médias agissent comme le doigt sur le bocal, suivi docilement par le banc des poissons éberlués, hébétés. En baguette du chef, ils dictent le tempo d’une comédie devenue désuette et misérable. À l’entracte, les gras sponsors délivreront leur sainte doctrine, toujours prompts à abrutir un public cérébralement repu et ainsi préparé à la pensée absente. Les affaires sont les affaires, et toute cette ménagerie doit bien gagner sa croûte, peu importe si l'escarre est moisi.


Dans ce contexte de foire d’empoigne foraine, Evolution Suisse se place loin de l’orchestre MP3 et du pop-corn taxé Co2. Bien sûr, je ferai mon sempiternel numéro de magicien en sortant ici et là quelques licornes multicolores de mon grand chapeau pour rassasier aussi bien un public à l’œil distrait que des chiens journaleux toujours plus prompts à vous renifler le derrière qu’a écouter votre bonne parole. À ceux qui me demandent mon « programme », je ressortirai mes idées prêchées dans le désert, qu’un jaloux s’empressera de torpiller ou qu’un autre médiocre de se les approprier. Mais l’essentiel n’est pas là. J’ai fait bien assez de spectacle pour avoir tourné cette page. La sciure ne me colle plus aux baskets. Je ne connais que trop, dans l’envers des paillettes clignotantes, la dictature monarchique qui règne feutrée en coulisses, plus occupée à compter ses deniers qu'à en assurer une juste redistribution.


Cette fois, le mouvement est citoyen. Il ne s’adresse pas aux habitués du grand cirque permanent, mais bien à ceux qui, lassés des contorsions interminables, ont renoncé depuis longtemps à se déplacer sur les gradins. À ceux qui, au passage de la fantasque fanfaronnade, ferment leurs fenêtres pour continuer à lire un de ces livres que plus personne ne connaît. Trop intelligents pour se faire prendre pour des imbéciles, ils préfèrent courir monts et montagnes, mers et marées, mandats et maîtresses. Le cirque, c’est pour ceux qui croient encore au père Noël, affirment-ils avec une certaine raison. Alexis de Tocqueville l’avait prédit il y a presque deux siècles déjà, au terme où nous arrivons aujourd’hui, seuls les médiocres et les incapables brigueront encore un poste en politique. Les autres s’en détourneront pour vaquer au petit reste de leur vie qu’on leur laisse encore…


Car oui, nous sommes les grenouilles qu’on a bouillies à petit feu, qu’on occupe en nous faisant tourner en rond, tantôt à droite, tantôt à gauche. Ne nous y trompons pas, le chef cuisinier sait par avance trop bien à quelle sauce nous serons mangés, dans une cantine gastronomique où le commun des mortels n’a pas sa table. Nos cuisses attendries sont le régal d’une élite qui ne se montre pas dans la rue, qui ne se soucie guère des secrets de cuisines, qui se fiche éperdument de notre sort. Le couvercle bien posé sur notre marmite, nous voilà condamnés à l’épilation définitive, au cloaque suprême, à la cuisson à l’étouffée. Qu’oserait-on souhaiter de mieux ?


Si nous voulons faire cesser enfin ce tintamarre ubuesque, donnons-nous l’opportunité pour une fois des moyens qui nous appartiennent. Le coupon des urnes reste encore gratuit. Les grands numéros de magie sont ceux où le public participe en nombre. Si nous voulons un miracle, c’est à nous de lui donner sa chance. L’effort à consentir est minime, nos yeux sont déjà trop grand ouverts, notre intelligence bien trop insultée. Œuvrons ensemble à la sublimation de cette machine à distraire et diviser qu’est devenu le cirque politique perpétuel. Qu’une carte tombe, et leur château s’effondre, qu’un domino soit poussé, et la chute de leur édifice est programmée. La solidité du système ne tient qu’à la certitude de notre inaction. La faille finale est un réveil des consciences de notre majorité restée trop longtemps silencieuse.


J’en appelle à nous, ce grand nous qui peut faire cesser la fête pour que commence la vie. L'allégorie de la caverne ne date pas d’hier, il serait grand temps d’en sortir en masse pour y respirer un air plus pur que celui souillé des excréments psychiques d’une caste de parvenus et qu’on nous sert si copieusement. Nous sommes le miracle que nous attendions !

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