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  • Olivier Pahud

La « Task Faible »

Si la liberté d’expression est encore sauve, elle résonne dans le désert silencieux de la majorité.

La collégialité et la concordance sont certainement des pratiques politiques qui assurent la stabilité helvétique. Dans ce contexte toutefois, seuls les petits partis et les mouvements citoyens peuvent encore véritablement apporter une voix critique au débat.


Cette voix, exprimée en toute légitimité, particulièrement compte tenu des pratiques politiques exposées ci-dessus et de la situation extraordinaire que nous vivons, doit absolument d’une part se renforcer et d’autre part obtenir l’écho qu’elle mérite, tout en jouissant d’une protection adéquate. Le débat ne porte pas ici sur le bien-fondé de la collégialité ou de la concordance, mais bien sur le respect des conséquences de ces principes.


A l’heure d’une pandémie annoncée dont on ne voit la fin, à l’heure où un conseiller fédéral dit publiquement « avoir l’impression parfois de faire partie d’une secte », à l’heure où une « Task Force » s’exprime copieusement dans les médias malgré le principe contraire retenu dans son mandat initial, la question de voix critiques pour alimenter le débat est urgente.


Ueli Maurer, ledit conseiller fédéral, s’en est lui-même inquiété dans son allocution récente à l’assemblée générale de l’UDC : « quand on ne peut plus dire tout haut ce que l’on pense, que cela en devient limité, alors est quelque chose de très important en danger, à savoir la liberté d’opinion, une des grandes forces de la Suisse ». La collégialité se craquelle comme un sol qui ne serait plus arrosé de l’eau du ciel.


Les petits partis politiques, les mouvements citoyens ainsi que les individus ont un rôle reconnu et véritable à jouer dans notre démocratie. Alors que la « Task Force Covid-2019 » a grandement influencé les décisions politiques et l’opinion du peuple par ses prises de position excessives, il conviendrait d’entreprendre urgemment la mise en place d’une « Task Faible » constituée de minorités qui ont été plus censurées qu’écoutées.


La « Task Force » aime à s’étendre sur leur implication « bénévole » et rappellent qu’ils ne touchent « aucune rémunération pour leur travail » ; réaffirmons ici que le mandat initial prévoit pourtant bel et bien un financement complet de cet outil de conseil. Tout le contraire des petits partis et autres mouvements citoyens, qui n’en disposent d’aucun tout en participant à notre démocratie, selon le sacro-saint principe suisse d’engagement de milice.


Ainsi en va-t-il des médias : les journalistes, partiellement financés par une redevance obligatoire à chacun, se délectent des paroles de tout membre de la « Task Force » ; ils ignorent parallèlement bien trop facilement les petites voix discordantes quand ils ne les dénigrent pas.


Une « Task Faible » doit se former et trouver sa légitimité sans plus attendre ; les autorités, les médias ainsi que le public doit participer activement à établir cette légitimité pour le bien général de notre démocratie. Ou alors décrétons sans attendre la dictature unique et définitive d’une majorité jamais à l’abri de ses erreurs.


Notre Constitution bannit déjà la censure et la discrimination, pas encore le déni par l’ignorance d’une partie essentielle de notre système politique, la voix critique à contre-courant. Si la liberté d’expression de ceux qui ne sont pas prophètes en leur pays est sauve, elle résonne encore dans le désert silencieux de la majorité.

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